TEMOIGNAGES MEDIATIQUES


Ce chapitre contient quelques témoignages médiatiques issus de la presse et de la radio.

Rive d'Azur (1960)
LIPA le silencieux
Sculpteur de notre temps...
Lipa est le sculpteur qui, méprisant la publicité tapageuse, vit retiré à Monte-Carlo dans un souterrain, habité d'immenses billes d'olivier, d'oranger et de citronnier. Vivant comme un trappiste, Lipa rêve et médite aux formes qu'il invente selon son état d'âme, tantôt figuratives, tantôt suggestives.
Dans le rêve tout homme est un créateur. L'artiste est un rêveur à l'état permanent. Ses rêves se démultiplient, deviennent formes et volumes.
A notre époque où tant de valeurs, spirituelles ou matérielles, marquent la plus grande détresse, il est tout de même réconfortant de trouver un oasis de fraîcheur dans un artiste de la plus haute conscience. Dans ce dédale, Lipa a su trouvé le lien entre l'Homme et le Cosmos. Son travail est la communication de l'esprit sur le plan humain.
J'ai connu Lipa à Toulouse, au lendemain de la guerre. André FARCY, conservateur du musé de Grenoble, donnait une conférence au cours de laquelle il présentait la création du sculpteur Lipa.
C'était une époque de confusion et d'inquiétude dans l'oeuvre de cet artiste, meurtri par l'épreuve de la guerre.
Je le retrouvai pour la seconde fois en 1958 à Monte-Carlo, pendant une brillante exposition sur la Côte d'Azur, il était entouré des membres les plus éminents de l'Académie Française : André MAUROIS, Marcel PAGNOL, Georges DUHAMEL, Emile GENEVOIX, Jean COCTEAU.
Lipa s'est raffermi dans sa création en changeant de matériau et de moyen d'expression. C'est en se rapprochant de la nature qu'il s'est rapproché de l'Homme.
Témoin des Dieux, Lipa le silencieux poursuit sa course imperturbable, comme un météore bienfaisant, apportant au Monde un message éternel.
Invité aux Etats-Unis, Lipa va porter dans les plus grandes villes d'Amérique du Nord, une des plus brillantes représentation de la création et du génie français, imprégné de la volupté méditerranéenne.

Roger OXEN

Rive d'Azur (1962)
LIPA et le BOIS
une mystérieuse complicité
" ...J'étais chasseur, il y a plusieurs années de cela dans une forêt, je tuais une biche. Avant de mourir, l'animal m'a regardé. Ses yeux pleins de larmes. Doucement sa tête s'est inclinée, son regard s'est voilé...
Je décidais, ce jours-là, d'abandonner la chasse. Je décidais de créer quelque chose de vivant d'un matériau mort. Je sculptais une tête de biche dans une souche.
C'est ainsi que se décida ma carrière de sculpteur...".
UNE VIE SECRETE
Dés ses débuts, il apparut à Lipa qu'il serait trop facile de suivre l'exemple de la nature en réduisant les formes à leurs expression essentielle, comme le font les eaux des fleuves et de la mer qui polissent les pierres le long des rives. Il savait que la forme la plus pure, fût-ce même l'oeuf primordial, il faut savoir la briser ou la recréer. Mais s'il y a des matériaux qui tolèrent ou exigent d'être brutalisés, le bois veut, au contraire, être traité avec douceur, il a comme un besoin de tendresse que le sculpteur ne peut ignorer. En ce qui le concerne, Lipa a senti qu'il devait s'orienter vers des formes aux volumes denses et pleins qu'aucun accident ne vient interrompre ; seuls de léger incidents à peine indiqués, en accrochant la lumière, y répandent une vie secrète qui lui permet de rendre sensible la géométrie du corps humain.
Lorsqu'il sculpte le bois, Lipa est attiré et séduit par la forme même du tronc, par la texture et la composition de la matière. Il transforme ainsi des arbres en corps de femme. Toutefois, pour aussi évocateurs que soient ces corps, ils restent enclos dans la forme initiale du bois, non pas comme dans une gangue, mais au contraire, comme s'ils naissaient d'elle et qu'ils en étaient l'âme prête à se libérer.
ENTRE LE CIEL ET LES ETOILES
La lutte de Lipa avec le matériau s'accompagne d'une mystérieuse complicité. Il use de décision aussi bien que de ruse pour soumettre le bois à sa propre loi. Une étroite affinité unit le sculpteur aux forces secrètes de la nature...
Alors seulement l'oeuvre est viable, enfermé dans son précieux et inviolable climat, telle cette Idole Noire, fière de son ténébreux pouvoir...
Gio COLLUCI, un des plus grand artistes de notre temps, à dit de Lipa :
...Lipa est avant tout contre toute prostitution. Aucune mode pour lui. Poursuivre sa route entre le ciel et les étoile, le murmure d'une source : voilà le secret de l'artiste véritable, l'artiste-né qui sait que sa vérité, même après toute les turpitudes de la vie, a sa récompense dans la joie de la création et demain ou plus tard, dans dix siècles, elle aura sa résonnance vrai..."

Roger OXEN

Radio Monte Carlo (28 Aout 1964)

Propos sur le monument de Gattières.

Gattières est devenu son village.
Il est l'auteur du monument élevé à la mémoire de Torrin et Grassi, ces deux héros de la résistance, enfants de Gattières qui furent pendus par la gestapo avenue de la Victoire (Nice).
"Avec ce monument, m'a dit Lipa, je paye une dette car je suis vivant alors que d'autres sont morts pour défendre notre liberté".
Ce monument sera inauguré dimanche.
Pour sa sculpture, Lipa emploie un tas de matériaux : bois, pierre, marbre et même un matériau dur appelé Lormalite, un produit synthétique sorti du génie de l'homme.
"J'aime le matériau dur, dit encore Lipa, car je pense que pour moi c'est une victoire de le vaincre".
Lipa a exposé un peu partout : Paris, Toulouse, Monte Carlo, Vienne (Autriche), New-York, Philadelphie...
Lipa à aujourd'hui atteint la notoriété. Prochainement, dans une exposition de sculptures et de dessins de sculpteur à New-York ses oeuvres seront exposées à coté de celles de Rodin, Matisse, Picasso, Epstein, Degas,...
Lipa n'a pas pour autant perdu le sens de l'humour. Il m'a raconté qu'un jour il avait faillit mettre à la porte le conservateur du musée de Grenoble qui s'était présenté chez lui en disant "Je suis farci" (c'était son nom). "Alors moi, explique Lipa, je me suis dit : Encore un fou, j'en ai assez des fous... Heureusement, je me suis repris à temps, réflexe conditionné de pensée rapide, car c'était réellement FARCY, le plus grand conservateur de France qui venait m'acheter deux sculptures.
Dimanche, Gattières pourra s'enorgueillir d'avoir un monument signé LIPA. Et la mémoire de Torrin et de Grassi ne pouvait guère être mieux perpétuée.

Roger OXEN

En 1970 le quotidien Nice-Matin titrait :

Surprise pour le sculpteur Lipa :
il était célèbre aux Etats-Unis et ne le savait pas.

[ Sommaire ]

© 1997